{"id":156,"date":"2024-10-05T11:27:01","date_gmt":"2024-10-05T09:27:01","guid":{"rendered":"https:\/\/sophiewagnerauteure.com\/?p=156"},"modified":"2025-04-21T08:34:13","modified_gmt":"2025-04-21T06:34:13","slug":"prologue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sophiewagnerauteure.com\/index.php\/2024\/10\/05\/prologue\/","title":{"rendered":"D\u00e9couvrir Depuis les tr\u00e9fonds"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Avertissement de contenu : <\/strong>violence, mort, torture, personnages sans morale\/mauvais.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Prologue<\/h2>\n\n\n\n<p>La bataille faisait rage aux portes de la ville de Coniertha, la capitale qui seule se dressait encore entre Arhtor Menasses et sa conqu\u00eate du royaume d\u2019Elessiann tout entier. Pendant leur long voyage depuis le nord, lui et ses troupes avaient tout ravag\u00e9 sur leur passage. Ils n\u2019avaient laiss\u00e9 derri\u00e8re eux que feu, larmes et sang.<\/p>\n\n\n\n<p>Et tous, tandis qu\u2019ils traversaient la Velgha rouge de leur sang sous les tirs ennemis, certains se faisant emporter par le courant, chantaient le m\u00eame nom.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Menasses, Menasses, Menasses.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Arhtor Menasses n\u2019\u00e9tait qu\u2019un fils de rien, un jeune Fae n\u00e9 dans un village glacial du nord. Et en seulement un an, il avait r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9unir une arm\u00e9e enti\u00e8re sous sa banni\u00e8re, \u00e0 \u00e9craser bastion apr\u00e8s bastion le r\u00e8gne des Sylverans sur Elessiann. Un r\u00e8gne qui avait pourtant sereinement perdur\u00e9 pendant des si\u00e8cles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cela avait commenc\u00e9 dans son petit village natal, puis s\u2019\u00e9tait propag\u00e9. Lentement mais s\u00fbrement, le jeune Arhtor \u00e9tait all\u00e9 de village en village, de taverne en taverne, et il leur avait dit. Il leur avait dit que les Sylverans \u00e9taient corrompus, que leur r\u00e8gne avait trop dur\u00e9. Il leur avait expliqu\u00e9 que leurs dieux \u00e9taient de faux dieux, que les prier n\u2019emp\u00eacherait pas les r\u00e9coltes de geler, les enfants de mourir d\u2019\u00e9tranges maladies. Il leur avait parl\u00e9 de la vraie D\u00e9esse, la seule qui exaucerait leurs pri\u00e8res. Et enfin, il leur avait parl\u00e9 de lui, de ce jeune Fae qui avait \u00e9t\u00e9 choisi par la D\u00e9esse Unique pour leur montrer la voie, plus proche des humains que de ses cong\u00e9n\u00e8res, plus proche du peuple que leurs tyrans actuels.<\/p>\n\n\n\n<p>Et humains comme Faes, ils l\u2019\u00e9coutaient, ils voyaient ce Fae \u00e0 la peau p\u00e2le, aux longs cheveux noirs et aux yeux d\u2019un bleu azur, et ils le croyaient. Car il \u00e9tait proche d\u2019eux, ce Arhtor, il n\u2019\u00e9tait pas comme la famille fae royale, si parfaite, si loin du commun des mortels. Il ne les prenait pas de haut, lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, ce qu\u2019il disait sur la foi, cela ne pouvait qu\u2019\u00eatre vrai. Personne n\u2019avait jamais entendu parler de la D\u00e9esse Unique avant qu\u2019Arhtor Menasses ne chante ses louanges. Mais \u00e0 pr\u00e9sent qu\u2019il le disait, oui, cela ne pouvait qu\u2019\u00eatre vrai.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors plus il avan\u00e7ait, et moins il \u00e9tait seul.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 chaque nouvelle taverne, il leur fallait plus de lits. \u00c0 chaque discours d\u2019Arhtor, il y avait plus de clameurs, d\u2019applaudissements.<\/p>\n\n\n\n<p>Et personne ne pr\u00eatait jamais attention \u00e0 la petite silhouette encapuchonn\u00e9e dans son dos. Pourtant, elle \u00e9tait toujours l\u00e0, o\u00f9 Arhtor allait, elle suivait.<\/p>\n\n\n\n<p>Les paysans d\u2019Elessiann avaient froid, ils avaient faim. Les Sylverans, bien \u00e0 l\u2019abri dans leur capitale, les avaient n\u00e9glig\u00e9s, et ils en paieraient le prix. Chaque homme, chaque m\u00e2le en \u00e9tat de combattre avait pris la premi\u00e8re arme qu\u2019il pouvait trouver, toute l\u2019armure ou la protection dont il disposait, et ensemble ils avaient march\u00e9 vers Coniertha.<\/p>\n\n\n\n<p>Rien n\u2019avait sembl\u00e9 pouvoir les arr\u00eater. Les fourches des paysans avaient r\u00e9sist\u00e9 face aux plus aff\u00fbt\u00e9es des \u00e9p\u00e9es. Leur moral n\u2019avait pas faibli lors des longues nuits d\u2019hiver.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ainsi ils \u00e9taient descendus jusqu\u2019\u00e0 la capitale.<\/p>\n\n\n\n<p>Coniertha.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bastion du pouvoir des Sylverans.<\/p>\n\n\n\n<p>Arhtor en avait r\u00eav\u00e9 pendant toute cette ann\u00e9e, mais il n\u2019avait jamais dout\u00e9. Car lui seul savait que cette guerre \u00e9tait perdue d\u2019avance pour les Sylverans, que tout avait \u00e9t\u00e9 \u00e9crit depuis cette nuit d\u2019automne o\u00f9 il avait vers\u00e9 le sang sur la terre d\u00e9j\u00e0 gel\u00e9e de son village natal.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis cette nuit, il le savait.<\/p>\n\n\n\n<p>Coniertha deviendrait Menassia. Et il serait roi, pour l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Chapitre 1 (lyhra)<\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Lyhra faisait claquer ses bottes sur le sol de marbre rouge.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Tap, tap, tap.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Et elle s\u2019en d\u00e9lectait.<\/p>\n\n\n\n<p>Faire de grandes entr\u00e9es faisait partie des petits plaisirs de sa vie, et ils \u00e9taient rares dans ce monde sans saveur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, elle faisait claquer le talon de ses bottes avec enthousiasme, ne serait-ce que pour briser l\u2019ennui.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours dans l\u2019id\u00e9e de soigner son entr\u00e9e, elle n\u2019avait pas pris le temps d\u2019essuyer le sang sur son visage. Pour l\u2019instant, il \u00e9tait camoufl\u00e9 sous sa longue capuche qui ne laissait appara\u00eetre que sa bouche et son menton. L\u2019odeur cuivr\u00e9e de sa derni\u00e8re victime lui titillait les narines, et elle aimait cela.<\/p>\n\n\n\n<p>Un bruit d\u00e9licieux s\u2019\u00e9chappa de sa poitrine en anticipation de l\u2019expression qu\u2019elle pourrait observer sur le visage du roi quand il lui demanderait d\u2019enlever sa capuche.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle aimait que l\u2019on remarque ses entr\u00e9es, elle ne pouvait le nier, mais ce qu\u2019elle aimait surtout, c\u2019\u00e9tait rappeler au roi son insatisfaction d\u2019\u00eatre convoqu\u00e9e alors qu\u2019elle \u00e9tait en train de <em>travailler<\/em>. Pour lui, qui plus est.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle passa ses mains gant\u00e9es le long du riche tissu noir de son long manteau qui la couvrait des pieds \u00e0 la t\u00eate, appr\u00e9ciant la fabrique. Ce manteau lui avait co\u00fbt\u00e9 une v\u00e9ritable fortune \u2013 <em>avait co\u00fbt\u00e9 au roi <\/em>une v\u00e9ritable fortune \u2013, mais moins que ce qu\u2019elle portait en dessous. Elle s\u2019\u00e9tait fait faire de plus sur mesure une combinaison parfaitement adapt\u00e9e \u00e0 ses activit\u00e9s, dans laquelle de nombreuses lames \u00e9taient dissimul\u00e9es et qu\u2019elle pouvait activer d\u2019un simple mouvement du poignet ou du talon. Cela avait co\u00fbt\u00e9 une somme follement extravagante, mais cet argent s\u2019\u00e9tait av\u00e9r\u00e9 fort bien d\u00e9pens\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux gardes \u00e9ternellement prostr\u00e9s devant la salle du tr\u00f4ne la laiss\u00e8rent passer sans rien dire. Ils d\u00e9tourn\u00e8rent leurs regards d\u2019elle comme si, telle l\u2019une des cr\u00e9atures de leur ancienne religion pa\u00efenne, elle risquait de les changer en pierre. Elle savait que si elle prenait le temps de renifler elle sentirait sur eux l\u2019odeur \u00e2cre de la peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle p\u00e9n\u00e9tra dans la salle du tr\u00f4ne dont le sol de marbre rouge contrastait avec les murs de pierre grise. De part et d\u2019autre du chemin menant au dais, le long duquel un tapis dor\u00e9 brod\u00e9 de coquelicots s\u2019\u00e9tendait, des soldats \u00e9taient align\u00e9s. Leurs ombres se refl\u00e9taient sur le sol sous l\u2019effet des dizaines de torches qui longeaient les murs. La pi\u00e8ce \u00e9tait plong\u00e9e dans une semi-p\u00e9nombre, les torches ne suffisant pas \u00e0 en \u00e9clairer toute l\u2019immensit\u00e9. Elle se dirigea vers le tr\u00f4ne qui se dessinait devant elle, posant son regard sur le roi d\u2019Elessiann.<\/p>\n\n\n\n<p>Arhtor Menasses \u00e9tait un Fae m\u00e2le au visage aussi joli que celui d\u2019une demoiselle. Il avait des traits fins, une bouche pulpeuse, de longs cheveux soyeux. Sa vue suffisait \u00e0 r\u00e9veiller en elle des envies de meurtre. Si elle \u00e9tait honn\u00eate, il y avait peu de choses dans ce monde qui n\u2019\u00e9veill\u00e2t pas de sombres pens\u00e9es dans son esprit. \u00c0 part les chats, elle devait bien reconna\u00eetre que leur esp\u00e8ce \u00e9tait sup\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux pieds du souverain \u00e9tait allong\u00e9 un loup gigantesque \u00e0 la fourrure enti\u00e8rement grise, \u00e0 l\u2019exception de son museau, blanchi par les ann\u00e9es. L\u2019ignoble animal qui n\u2019avait pas quitt\u00e9 Arhtor depuis plus de vingt ans ne releva qu\u2019une oreille \u00e0 son approche. Il ne prit m\u00eame pas la peine de la scruter, il savait qu\u2019elle ne repr\u00e9sentait pas un danger pour son ma\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019approcha suffisamment du tr\u00f4ne pour faire preuve de respect, mais pas trop non plus pour ne pas \u00eatre assaillie par l\u2019odeur des ostentatoires parfums dont le roi aimait s\u2019asperger, ou pire, l\u2019odeur de son cl\u00e9bard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ma\u00eetresse de l\u2019intelligence, la salua le roi.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle d\u00e9testait ce titre qui ne refl\u00e9tait aucunement l\u2019ampleur de ce qu\u2019elle faisait pour le roi. Elle avait de multiples attributions depuis qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 son service&nbsp;: espionne, assassin, bourreau. Le terme de <em>ma\u00eetresse de l\u2019intelligence<\/em> n\u2019y faisait aucunement honneur. Mais elle ne dit rien, qu\u2019aurait-elle pu dire de toute fa\u00e7on&nbsp;? Qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rerait \u00eatre appel\u00e9e ma\u00eetresse de la mort, <em>mais la mort est particuli\u00e8rement douloureuse et votre cadavre sera expos\u00e9 sur les murs du palais<\/em>&nbsp;? Ou bien <em>ma\u00eetresse de son r\u00e8gne<\/em>, car sans elle, Arhtor Menasses ne serait <em>rien ni personne<\/em>. Autant tout de suite la nommer reine dans ce cas, tout le reste n\u2019\u00e9tait qu\u2019une perte de temps.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Votre Majest\u00e9, se contenta-t-elle de r\u00e9pondre.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n\u2019inclina pas la t\u00eate et attendit patiemment d\u2019entendre ce que le roi lui voulait. Arhtor sembla s\u2019agacer, elle put le voir \u00e0 la fa\u00e7on dont il remua sur son tr\u00f4ne d\u2019or. Mais comme tout homme de pouvoir, il \u00e9tait d\u00e9nu\u00e9 de patience, et ne tarda donc pas \u00e0 parler&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00d4ter donc cette capuche ridicule, j\u2019aime voir \u00e0 qui je parle et vous le savez tr\u00e8s bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle sentit un sourire carnassier se dessiner sur ses l\u00e8vres en anticipation de ce moment tant attendu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais certainement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Lyhra obtemp\u00e9ra, elle ne fut pas d\u00e9\u00e7ue du bruit qu\u2019\u00e9mit le roi \u00e0 la vue de son visage ensanglant\u00e9. Sa b\u00eate releva enfin la t\u00eate vers son ma\u00eetre, puis vers elle, et huma l\u2019air, reniflant le sang sur elle. Le visage du roi passa de l\u2019agacement au d\u00e9go\u00fbt, puis \u00e0 nouveau \u00e0 l\u2019agacement. Se pin\u00e7ant l\u2019ar\u00eate du nez de deux doigts fins, il soupira.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Avez-vous une raison, ma\u00eetresse de l\u2019intelligence, pour m\u2019appara\u00eetre ainsi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Elle passa la main dans ses cheveux pour les lib\u00e9rer de sa capuche et les laisser tomber librement sur sa poitrine. Elle restait sid\u00e9r\u00e9e du d\u00e9go\u00fbt manifeste que le roi \u00e9prouvait \u00e0 la vue du sang, quand c\u2019\u00e9tait lui qui lui attribuait la totalit\u00e9 de ses t\u00e2ches.<\/p>\n\n\n\n<p>En plus de ne pas aimer se salir les mains, il n\u2019aimait pas non plus qu\u2019on lui rappelle \u00e0 quel point elles \u00e9taient encrass\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Car tuer par procuration ne faisait pas de lui moins un meurtrier qu\u2019elle. Elle aurait m\u00eame tendance \u00e0 dire le contraire. Elle, au moins, elle regardait ses victimes dans les yeux quand la vie s\u2019\u00e9chappait d\u2019elles. Lui n\u2019avait pas d\u00fb voir un ennemi mourir depuis deux d\u00e9cennies, depuis cette guerre o\u00f9 elle lui avait offert le monde sur un plateau d\u2019os et de sang.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Votre Majest\u00e9 m\u2019a convoqu\u00e9e en plein travail, r\u00e9pondit-elle du ton le plus neutre possible. (Elle ne voulait pas lui montrer l\u2019\u00e9nervement dans sa voix, ne lui accorderait pas cette satisfaction.) J\u2019ai suppos\u00e9 que c\u2019\u00e9tait urgent, et je me suis donc abstenue de me faire belle avant de r\u00e9pondre \u00e0 votre invitation. Si Sa Majest\u00e9 d\u00e9sire \u00e0 l\u2019avenir que je ne me pr\u00e9sente \u00e0 lui que dans mes plus beaux atours, Sa Majest\u00e9 devrait me le signifier d\u00e8s \u00e0 pr\u00e9sent. J\u2019ai tout un tas de robes \u00e0 cet effet gracieusement pay\u00e9es par elle qui prennent la poussi\u00e8re dans mes placards.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Et Sa Majest\u00e9 ferait bien de se d\u00e9p\u00eacher, car le m\u00e2le dans sa cellule ne va certainement pas se torturer tout seul.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne manqua pas l\u2019\u00e9clair de col\u00e8re dans les yeux bleus du roi, elle en sentit le go\u00fbt contre ses l\u00e8vres. Elle ne put contenir son impatience, elle appr\u00e9ciait quand il s\u2019\u00e9nervait, quand il laissait craqueler sa mince fa\u00e7ade qu\u2019il pensait imp\u00e9n\u00e9trable. Mais Arhtor Menasses sembla estimer que ce jour-l\u00e0 il \u00e9tait au-dessus d\u2019un tel \u00e9nervement et se contenta de hocher la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Cela ne sera pas n\u00e9cessaire, r\u00e9pondit-il, l\u2019affaire pour laquelle je vous ai convoqu\u00e9e est effectivement urgente.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lyhra resta bien en place, debout au pied du tr\u00f4ne. Elle savait que le roi ne ferait pas venir de chaise pour elle, il ne le faisait jamais. Le souverain se racla la gorge et se mit \u00e0 gratter son loup derri\u00e8re les oreilles tandis qu\u2019il parlait, la b\u00eate frottant sa t\u00eate contre sa main occasionnellement. C\u2019\u00e9tait la seule cr\u00e9ature vivante envers laquelle Lyhra e\u00fbt jamais vu Arhtor montrer un geste d\u2019affection.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Comme vous le savez, j\u2019ai, depuis maintenant deux d\u00e9cennies, conquis la totalit\u00e9 d\u2019Elessiann. Du nord au sud, d\u2019ouest en est, chaque ville, chaque lac, chaque rivi\u00e8re, chaque montagne et chaque for\u00eat m\u2019appartiennent. Les peuples autrefois divis\u00e9s sous la tyrannie des Sylverans sont d\u00e9sormais unis sous ma banni\u00e8re et sous celle de la D\u00e9esse, la seule et unique. La famine n\u2019est plus qu\u2019un lointain souvenir et mon r\u00e8gne est in\u00e9branlable. Que la D\u00e9esse en soit b\u00e9nie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que la D\u00e9esse en soit b\u00e9nie, r\u00e9pondirent en ch\u0153ur tous les gardes dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle eut du mal \u00e0 ne pas lever les yeux au ciel et \u00e0 garder une expression neutre. <em>J\u2019ai conquis, <\/em>comme s\u2019il avait fait quoi que ce soit pour devenir le roi du continent. Il oubliait si ais\u00e9ment que c\u2019\u00e9tait elle, et elle seule, qui avait rendu tout cela possible. Quant \u00e0 la famine, au bien-\u00eatre du peuple, il n\u2019y avait eu aucun changement. N\u00e9anmoins, elle ne pouvait s\u2019emp\u00eacher de reconna\u00eetre dans son discours le Menasses qu\u2019elle connaissait.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux autres il semblait altruiste, pieux, juste et sage, il fallait dire qu\u2019elle s\u2019en \u00e9tait assur\u00e9e. Elle avait fa\u00e7onn\u00e9 cette image de souverain qui avait lib\u00e9r\u00e9 le continent du joug de vieux Faes \u00e9go\u00efstes ne quittant jamais leur palais. C\u2019\u00e9tait elle qui avait tenu la plume qui avait r\u00e9dig\u00e9 ce conte. Mais la r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tait toute autre&nbsp;: Arhtor n\u2019\u00e9tait rien d\u2019autre qu\u2019un m\u00e2le assoiff\u00e9 de pouvoir. Un conqu\u00e9rant sans scrupules, qui avait commis les pires des atrocit\u00e9s pour en arriver o\u00f9 il en \u00e9tait. Pire que cela, c\u2019\u00e9tait un blasph\u00e9mateur, un faux croyant. Car bien qu\u2019il port\u00e2t toujours son artefact dans sa main droite, un coquelicot en fer forg\u00e9, et qu\u2019il en appel\u00e2t \u00e0 la D\u00e9esse Unique presque dans toutes ses phrases, Arhtor Menasses ne croyait pas.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Et comme il a tort.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le probl\u00e8me, poursuivit-il,&nbsp;c\u2019est que des dissidences sont apparues dans mon royaume. Au sein m\u00eame de Menassia.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois, dites-moi juste qui je dois aller tuer.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa r\u00e9ponse arracha un rire froid au roi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;H\u00e9las, je crains bien que quelques assassinats ne suffisent pas \u00e0 r\u00e9gler mon probl\u00e8me. Il y a pr\u00e8s de trois semaines, dans un des temples des quartiers paysans, la Choisie Anna a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9e assassin\u00e9e&nbsp;; la sc\u00e8ne de crime \u00e9tait particuli\u00e8rement atroce. Personne auparavant n\u2019avait jamais os\u00e9 s\u2019en prendre \u00e0 une repr\u00e9sentante de notre D\u00e9esse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roi fit une mine de tristesse qu\u2019elle savait feinte et destin\u00e9e aux gardes tandis que la curiosit\u00e9 commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019\u00e9veiller en elle. Mais elle attendit sans rien dire&nbsp;; le roi prenait son temps, mais il lui donnerait toutes les informations.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le meurtre \u00e9tait suffisamment atroce pour que je lance mes meilleurs hommes \u00e0 la poursuite des coupables. Ils n\u2019ont pas eu \u00e0 chercher longtemps pour les identifier. Un groupe, se faisant appeler la Rose Pourpre, a revendiqu\u00e9 le crime \u00e0 travers des tracts qui ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9s partout dans <em>ma<\/em> capitale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lyhra haussa un sourcil. Elle se tenait inform\u00e9e de tous les groupes qui se r\u00e9unissaient \u00e0 Menassia. Elle allait r\u00e9guli\u00e8rement tra\u00eener en ville, d\u00e9guis\u00e9e, pour \u00e9couter dans les tavernes et les ruelles. Mais elle n\u2019avait jamais entendu parler de cette Rose Pourpre. Il fallait dire qu\u2019elle ne mettait pas beaucoup de z\u00e8le dans cette partie de ses attributions, lui pr\u00e9f\u00e9rant tout ce qui lui permettait de s\u2019occuper un tant soit peu l\u2019esprit. Comme les interrogatoires, ou la traque de tous ceux qui osaient mal parler d\u2019Arhtor.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Par chance ou par b\u00e9n\u00e9diction de la D\u00e9esse, nous avons r\u00e9ussi \u00e0 surprendre l\u2019une de leurs r\u00e9unions en petit comit\u00e9 et \u00e0 capturer l\u2019un d\u2019entre eux tandis qu\u2019ils prenaient la fuite comme des rats. Il s\u2019appelle Aaren Withnehr et il se trouve dans nos cachots depuis lors. Comme vous \u00e9tiez occup\u00e9e, nous l\u2019avons interrog\u00e9, mais il n\u2019a pas voulu tout nous d\u00e9voiler. Tout ce qu\u2019il a daign\u00e9 nous dire, c\u2019est que la Rose Pourpre veut ma mort. Il semble pour sa part ne pas avoir grand-chose \u00e0 en faire, ayant sans doute rejoint ce groupe plus par hasard ou par ennui que par conviction.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle eut du mal \u00e0 masquer la satisfaction que l\u2019id\u00e9e de la mort d\u2019Arhtor lui procurait. Si seulement certains de ces idiots parvenaient \u00e0 tuer le roi, sa vie redeviendrait celle qu\u2019elle aurait \u00e9ternellement d\u00fb \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est loin d\u2019\u00eatre la premi\u00e8re fois qu\u2019on essaie de vous tuer. Et jusqu\u2019alors, nous avons toujours tu\u00e9 les r\u00e9bellions dans l\u2019\u0153uf. Je ne vois pas pourquoi cette fois ce serait diff\u00e9rent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Regardez par vous-m\u00eame, dit-il en sortant un parchemin de sa veste et en lui tendant, ce sont les dessins des symboles qui avaient \u00e9t\u00e9 trac\u00e9s avec le sang de la victime autour du cadavre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lyhra prit le parchemin du bout des doigts et manqua de le l\u00e2cher quand elle reconnut les signes. Son sang ne fit qu\u2019un tour et il lui fallut tout son sang-froid pour garder le masque d\u2019indiff\u00e9rence qu\u2019elle avait perfectionn\u00e9 en plus de vingt ans aupr\u00e8s du roi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Comment&nbsp;? demanda-t-elle, la m\u00e2choire crisp\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il refuse de nous le dire.<\/p>\n\n\n\n<p>Lyhra serra un poing tandis qu\u2019elle rendait de son autre main le parchemin au roi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je m\u2019en charge.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle le ferait parler, mort ou vif. Car m\u00eame si elle excellait dans la torture, elle avait un moyen bien plus rapide d\u2019arriver \u00e0 ses fins. Avec sa magie, il lui suffisait de le tuer pour obtenir de lui tous ses souvenirs, et les r\u00e9ponses \u00e0 leurs questions.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roi lui fit un sourire condescendant qui lui donna envie de bondir sur le tr\u00f4ne pour le lui arracher avec l\u2019une de ses dagues.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Monsieur Withnehr n\u2019est h\u00e9las pas un homme comme les autres. Nous avons d\u00e9couvert, \u00e0 nos d\u00e9pens j\u2019en ai peur, que ce jeune humain ne ressent pas la douleur, d\u2019aucune sorte. Et ce n\u2019est pas tout. Aucune magie n\u2019a de prise sur lui, nous avons d\u00e9j\u00e0 essay\u00e9. Il est totalement immunis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela, Lyhra ne s\u2019y attendait pas.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Insensible \u00e0 la douleur&nbsp;? Et \u00e0 la magie&nbsp;? Un simple humain&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai donc \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de conclure un accord avec cette brute. Il refuse peut-\u00eatre d\u2019admettre si oui ou non il sait \u00e0 quoi correspondent ces symboles, mais il n\u2019a pas refus\u00e9 d\u2019\u00e9changer sa vie contre chacun des membres de ce groupe. Malheureusement, il est trop bas dans la hi\u00e9rarchie de la Rose Pourpre pour conna\u00eetre les vrais noms des d\u00e9cisionnaires. Mais il les a d\u00e9j\u00e0 vus, et il pourra les identifier. Il a accept\u00e9 de nous aider \u00e0 remonter jusqu\u2019\u00e0 eux. Il vous accompagnera donc lors de votre enqu\u00eate. Je veux que ce probl\u00e8me soit r\u00e9gl\u00e9, Lyhra, vous m\u2019entendez, et avec la discr\u00e9tion qui s\u2019impose.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le roi se pencha en avant et passa une main d\u00e9licate sur sa gorge. Ce geste r\u00e9veilla brutalement la haine de Lyhra \u2013 sa haine, mais aussi son impuissance \u00e0 d\u00e9sob\u00e9ir \u2013, et elle hocha la t\u00eate en guise de r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je n\u2019ai pas, je crois, \u00e0 vous pr\u00e9ciser \u00e0 quel point cette mission est cruciale. Personne ne devrait conna\u00eetre ce qu\u2019il y a sur ce parchemin. Vous devez mettre fin \u00e0 ce groupe, mais avant cela vous devez surtout d\u00e9couvrir comment ils ont eu ces informations, et combien de personnes exactement sont au courant. Chaque personne qui comprend ne serait-ce qu\u2019un de ces symboles, y compris ce monsieur Withnehr, devra mourir. Tuez-les tous.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle sentit son ordre p\u00e9n\u00e9trer son corps et s\u2019y implanter, y prendre racine sans jamais pouvoir \u00eatre d\u00e9log\u00e9. Elle avait horreur de cette sensation, cela lui donnait l\u2019impression d\u2019\u00eatre infect\u00e9e par un parasite ind\u00e9logeable.<\/p>\n\n\n\n<p>Lentement, elle acquies\u00e7a et le roi lui adressa un sourire satisfait tout en levant la main pour appeler un serviteur. Le serviteur se pr\u00e9senta devant elle et s\u2019agenouilla bien bas, lui tendant tant bien que mal un dossier reli\u00e9 de cuir contenant des parchemins.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il y a eu hier un second meurtre. Tout ce que vous devez savoir est l\u00e0-dedans, ma\u00eetresse de l\u2019intelligence. Disposez maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fit un semblant de r\u00e9v\u00e9rence, prit les parchemins, et tourna les talons sans ajouter un mot.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Chapitre 2 (Aaren)<\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Le sang coulait sur sa main, partant d\u2019une coupure au bout de son index pour lentement se d\u00e9placer le long de son avant-bras. Aaren le regardait descendre jusqu\u2019\u00e0 son coude, une tra\u00een\u00e9e rouge contre sa peau h\u00e2l\u00e9e qui cr\u00e9ait un sillon dans la poussi\u00e8re dont il \u00e9tait recouvert. Il le regardait ensuite goutter sur le sol de pierres, d\u2019un rythme r\u00e9gulier.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ploc, ploc, ploc<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait perdu la notion du temps depuis qu\u2019il \u00e9tait enferm\u00e9 ici, mais ce dont il \u00e9tait s\u00fbr c\u2019\u00e9tait qu\u2019il ne s\u2019\u00e9tait jamais autant ennuy\u00e9 de toute sa vie. Il avait eu un peu de divertissement quand les imb\u00e9ciles de soldats du roi avaient essay\u00e9 de le torturer pour obtenir de lui des r\u00e9ponses, mais cela n\u2019avait pas dur\u00e9 longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Aaren n\u2019\u00e9tait h\u00e9las pas plus dou\u00e9 pour faire semblant d\u2019avoir mal que pour faire croire aux femmes qu\u2019il en \u00e9tait amoureux. En m\u00eame temps, comment imiter une sensation qu\u2019il n\u2019avait jamais \u00e9prouv\u00e9e&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait bien tent\u00e9 de pousser des petits cris, de d\u00e9former son visage en des grimaces qu\u2019il avait vu certaines de ses propres victimes effectuer. Mais les soldats, aussi idiots fussent-ils, avaient vite compris qu\u2019il jouait la com\u00e9die.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s cela, ils avaient envoy\u00e9 deux de leurs Faes dot\u00e9s de magie pour tenter l\u2019un de le br\u00fbler, l\u2019autre de lui geler le bras, sans succ\u00e8s. Les flammes avaient gliss\u00e9 sur sa peau et le givre n\u2019avait pas tenu. C\u2019\u00e9tait ainsi depuis aussi longtemps qu\u2019il pouvait s\u2019en souvenir, un cadeau des Tr\u00e9fonds, selon sa m\u00e8re. Loin de lui l\u2019id\u00e9e de s\u2019en plaindre, cela lui avait apport\u00e9 un avantage consid\u00e9rable quand il vivait dans la rue.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait fait tant de pompes qu\u2019il ne tenait plus sur ses bras, son front recouvert de sueur gouttait sur le sol se m\u00ealant \u00e0 son sang et \u00e0 la poussi\u00e8re omnipr\u00e9sente dans sa cellule. Il s\u2019\u00e9tait repass\u00e9 toutes les po\u00e9sies qu\u2019il connaissait par c\u0153ur, deux fois. Il aurait donn\u00e9 n\u2019importe quoi pour une bonne bi\u00e8re et une ou deux femmes avec qui s\u2019amuser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Y a quelqu\u2019un&nbsp;? cria-t-il. On se barbe ici&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Seul l\u2019\u00e9cho de sa voix lui r\u00e9pondit.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame la pr\u00e9sence qui le suivait partout depuis aussi longtemps qu\u2019il p\u00fbt s\u2019en souvenir se montrait particuli\u00e8rement discr\u00e8te depuis qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 captur\u00e9. Il l\u2019avait sentie \u00e0 plusieurs reprises, son ombre, mais faiblement, \u00e0 peine plus qu\u2019un murmure contre sa peau. Comme si elle s\u2019amusait de le voir s\u2019ennuyer \u00e0 mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re fois qu\u2019il avait vu le palais royal, il n\u2019\u00e9tait qu\u2019un enfant. Sa m\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 femme de chambre pour l\u2019une des nombreuses princesses Sylverans, Katalia. Il \u00e9tait n\u00e9 dans ce palais, y avait v\u00e9cu dans l\u2019aile des serviteurs jusqu\u2019\u00e0 ses 9&nbsp;ans, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019usurpateur ne v\u00eent et ne d\u00e9truis\u00eet tout sur son passage&nbsp;: le palais, la dynastie, et sa m\u00e8re avec. Il n\u2019avait jamais eu depuis de raison de traverser l\u2019un des trois ponts y menant. Ponts tous contr\u00f4l\u00e9s par une multitude de soldats, dont la plupart \u00e9taient des brutes de Faes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Faes avaient beau \u00eatre bien moins nombreux que les humains, ils n\u2019en \u00e9taient pas moins dangereux. Ils les surpassaient en force et poss\u00e9daient de la magie, contrairement aux humains. De plus, ils occupaient quasiment tous les postes de pouvoir. Seuls les membres du clerg\u00e9 \u00e9taient exclusivement humains, des femmes. Mais l\u2019arm\u00e9e, les milices, les nobles\u2026 tous sans exception \u00e9taient faes. Arhtor Menasses avait peut-\u00eatre mis fin au r\u00e8gne d\u2019une famille fae, mais il ne les avait pas pour autant lib\u00e9r\u00e9s du joug de son esp\u00e8ce.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Et il est temps que \u00e7a cesse.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019usurpateur avait tant chang\u00e9 le palais qu\u2019Aaren n\u2019avait presque pas reconnu ces couloirs qui \u00e9taient pourtant grav\u00e9s dans sa m\u00e9moire \u00e0 jamais. L\u00e0 o\u00f9 avant les murs de pierres \u00e9taient orn\u00e9s de tapisseries aux couleurs vives et de multiples fleurs et autres plantes qu\u2019affectionnait particuli\u00e8re Sa Majest\u00e9, \u00e0 pr\u00e9sent la d\u00e9coration \u00e9tait sobre et les seules fleurs qu\u2019il avait vues \u00e9taient les coquelicots de la D\u00e9esse Unique. \u00c0 part cela, de la pierre, d\u2019immenses tentures aux couleurs du souverain, rouge clair et or, et des soldats. Des soldats partout.<\/p>\n\n\n\n<p>De toute \u00e9vidence, l\u2019\u00e9pouse d\u2019Arhtor Menasses, Elena Sylverans Menasses, la derni\u00e8re survivante de sa lign\u00e9e, n\u2019avait pas eu son mot \u00e0 dire sur la d\u00e9coration. Comment elle pouvait supporter d\u2019\u00eatre mari\u00e9e \u00e0 ce m\u00e2le qui lui avait tout pris et qui avait d\u00e9truit toute sa famille, Aaren l\u2019ignorait. Elle semblait n\u00e9anmoins en parfaite sant\u00e9, souriante quand elle se d\u00e9pla\u00e7ait sous escorte en ville pour faire l\u2019aum\u00f4ne aux pauvres ou visiter le march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait dire que l\u2019histoire officielle, celle qui \u00e9tait racont\u00e9e jusque dans des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre sur la Grand-Place, faisait r\u00eaver. Le beau, le grand, le lib\u00e9rateur Arhtor Menasses, venu d\u00e9truire la lign\u00e9e Sylverans, aurait crois\u00e9 le regard de cette splendide jeune Fae \u00e0 la peau d\u2019\u00e9b\u00e8ne et aux cheveux d\u2019or et serait tomb\u00e9 imm\u00e9diatement sous le charme. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, il se serait refus\u00e9 \u00e0 la tuer et, posant le genou \u00e0 terre, l\u2019aurait suppli\u00e9e de le pardonner et de l\u2019\u00e9pouser.<\/p>\n\n\n\n<p>Aaren cracha au sol.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Des mensonges.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e8gne du conqu\u00e9rant \u00e9tait un r\u00e8gne de mensonges et de fables.<\/p>\n\n\n\n<p>Jusque dans son fanatisme. Arhtor Menasses n\u2019\u00e9tait pas un croyant. Il refusait de croire que cet incapable avait la foi, la vraie foi. Ce n\u2019\u00e9tait sans doute que fantaisie, un moyen comme un autre de contr\u00f4ler le peuple.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il \u00e9tait petit, humains comme Faes croyaient en des dieux divers et vari\u00e9s. Il y en avait un pour chaque saison, un pour la mer, un autre pour les for\u00eats. Il ne se rappelait plus tr\u00e8s bien leurs noms, mais il se souvenait de certaines histoires que sa m\u00e8re lui contait pour l\u2019aider \u00e0 s\u2019endormir. Mais ces histoires n\u2019avaient jamais sonn\u00e9 juste pour lui. Il avait tout de suite su qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient que cela, des histoires.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis Arhtor Menasses \u00e9tait arriv\u00e9 au pouvoir, et avec lui il avait apport\u00e9 la vraie religion. Il avait apport\u00e9 \u00e0 leur monde la connaissance de la D\u00e9esse, et tout ce qui l\u2019accompagnait.<\/p>\n\n\n\n<p>Aaren, lui, l\u2019avait d\u00e9j\u00e0, cette connaissance. Il l\u2019avait depuis bien avant la conqu\u00eate de l\u2019usurpateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 sa m\u00e8re, Aaren avait la foi.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il ne priait pas leur D\u00e9esse, non, il ne la priait pas alors qu\u2019elle avait permis \u00e0 l\u2019usurpateur de revendiquer le tr\u00f4ne d\u2019Elessiann en son nom. Alors qu\u2019elle repr\u00e9sentait des croyances faibles, fragiles, selon lesquelles il fallait se reposer sur elle pour r\u00e9ussir. Croire en la D\u00e9esse, c\u2019\u00e9tait croire en la faiblesse des hommes, la faiblesse des femmes. C\u2019\u00e9tait abandonner son libre arbitre et vivre au nom de pr\u00e9ceptes qui n\u2019auraient jamais d\u00fb \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfant d\u00e9j\u00e0, il avait compris qu\u2019il \u00e9tait le seul \u00e0 pouvoir se sauver lui-m\u00eame, que la force pour se sortir de la faim, du froid et de la peur, il l\u2019avait en lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il l\u2019avait compris parce que lui il l\u2019avait, la vraie foi. Ses pri\u00e8res \u00e9taient dirig\u00e9es plus bas, et elles \u00e9taient bien plus sombres. Il ne suivait d\u2019autre pr\u00e9cepte que celui de sa libert\u00e9. N\u2019avait d\u2019autre mission que celle qu\u2019il s\u2019\u00e9tait lui-m\u00eame confi\u00e9e, que sa destin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Car si la D\u00e9esse Unique incarnait la bont\u00e9 et toutes les vertus qui l\u2019accompagnaient, il existait pour maintenir la balance du monde son exact oppos\u00e9. On ne <em>La<\/em> nommait pas, <em>celle qui r\u00e9gnait sur les Tr\u00e9fonds<\/em>, mais elle incarnait tout ce qu\u2019il y avait de plus mauvais et de plus sombre, de plus fort aussi. L\u00e0 o\u00f9 elle \u00e9tait reine, elle attendait les \u00e2mes de ceux qui suivaient ses pr\u00e9ceptes, apr\u00e8s leur mort. C\u2019\u00e9tait vers elle que les pri\u00e8res d\u2019Aaren \u00e9taient dirig\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 les doutes de la Rose Pourpre, lui n\u2019en doutait pas. C\u2019\u00e9tait gr\u00e2ce \u00e0 <em>Elle<\/em> qu\u2019ils r\u00e9ussiraient \u00e0 renverser le roi. Car si l\u2019on voulait combattre le mal, c\u2019\u00e9tait vers le mal qu\u2019il fallait se tourner. Les excuses, le pardon, les politesses\u2026 tout cela ne faisait pas gagner une guerre. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et il en \u00e9tait certain, il le sentait. <em>Elle<\/em> leur r\u00e9pondrait, t\u00f4t ou tard, et <em>Elle<\/em> leur enverrait l\u2019un des siens. Alors, la puissance qui leur serait accord\u00e9e serait telle que rien ni personne ne saurait plus se dresser contre eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas m\u00eame les Faes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas m\u00eame le roi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sentit dans son silence l\u2019approbation de son ombre \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Des bruits de pas se firent entendre dans le couloir et Aaren les aurait ignor\u00e9s n\u2019eussent-ils \u00e9t\u00e9 si diff\u00e9rents du pas lourd habituel de ses gardiens. Le claquement des talons contre la pierre \u00e9tait rythm\u00e9, r\u00e9gulier.<\/p>\n\n\n\n<p>Et intrigant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avertissement de contenu : violence, mort, torture, personnages sans morale\/mauvais. 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